mercredi 14 janvier 2015

Turzi, C : cosmique, créatif et carrément cinématographique

Un CD en noir et blanc, sobre et au verso 9 titres avec des noms ...d’oiseaux du coucou au cormoran passant par le condor. Original, un peu Oulipo, la lettre C comme indice ou fil rouge et titre : forcément l’envie d’aller plus loin est forte…
Découverte de cet album de Turzi qui sort le 16 mars et qui vous est chroniqué en avant-première, découverte, exploration, voire science-fiction.
Je me renseigne un peu sur ce groupe, je fouille Internet et comprends que nous avons ici des êtres complexes, une réflexion multipiste, des projets parallèles et des idées foisonnantes. Pour faire synthétique, ces gens là sont beaucoup… synthétiseurs,  résolument instrumentaux et survolent avec élégance notre Terre. De très, très haut. Tangerine Jarre ou Jean-Michel Dream ? Bien malin qui trancherait.
L’album précédent, B, donc si vous suivez un peu… reprenait des noms de villes pour titres (de Beijing à Bamako en passant par Baltimore). En écoute là !

Songazine est modeste, nous nous contenterons de vous parler de la musique ici offerte et qui vaut le détour : C ici et maintenant !  
Nous sommes ici hors des sentiers battus, dans une forêt dense mais non sinistre de sons riches et accrocheurs. La force de cette musique est de convoquer des images mentales immédiates dans votre cerveau urbain saturé de références culturelles. Par un mécanisme subtil, chacun y retrouvera un peu d’enfance, des émois amoureux et certainement des réminiscences de culture liée au septième art.
De façon évidente, délibérée et assez recherchée, ces compositions sont des allusions à la bande-son de films à se remémorer ou à espérer. On y retrouve des effluves de Morricone, des morceaux épars de nostalgie franco-italienne, des lambeaux des 70’s, le tout filmé en pellicule argentique qui se déroule avec beauté dans un cinéma plein de fauteuils de velours rouge.

Dès l’aube, l’envoûtant « Coucou » et sa voix céleste nous transporte en orbite basse d’une planète amicale, et Kubrick nous sourit.  « Cygne » atterrit dans un canyon désolé, et deux lunes éclairent le paysage désertique baigné d’une lumière violette. L’envolée de « Cormoran » va bien loin, si Gainsbourg était parmi nous, je le verrai bien y poser quelques paroles définitives sur la vie, la mort et les ruptures amoureuses.
Le « Condor » devient funky, urgent, présent, brûlant : un Shaft blanc qui accélère dans les rues de Paris, en un matin comme celui où Claude Lelouch filmait l’OVNI « c’était un rendez-vous ». En écoutant « La Chouette » j’imagine Lino Ventura avec Benjamin Biolay comme adjoint, tous deux descendant d’une voiture de police en imper mastic pour regarder le cadavre d’un Bogart en tenue de chef de la mafia, raide allongé dans un bar à whisky. « Cardinal » est plus radical et incantatoire, le « Coq » final redécolle pour une ultime planète inconnue en un vaisseau rapide, immaculé et métallique.
Cette chronique vire au n’importe quoi se dit soudain le lecteur qui est encore avec moi dans le texte à ce niveau éthéré.
Merci, cher lecteur, votre sens de la raison est fort juste. Cependant, je rétorque que l’ensemble de ces 9 morceaux est réellement évocateur et puissant. Il faut les écouter plusieurs fois pour en saisir les méandres. Je l’ai fait et cette expérience est agréable.

Hors de la banalité, étranger à la morosité, d’une belle richesse, propice à déclencher la rêverie, « C » est donc une vitamine légale et thérapeutique.
L’hiver est rude, le printemps sera frais, alors faites vous du bien avec Turzi.


Jérôme «cormoran » V.